L’AMENAGEMENT INTERIEUR DE LA FOURNIAR

Les murs et le toit maintenant terminés, il reste encore l’aménagement intérieur à réaliser. Comme nous nous dirigeons vers l’hiver et ses jours très courts, il me faut au plus vite rendre opérationnel l’éclairage précédemment installé. Et voici que, pour la première fois depuis que j’ai commencé mon four, je vais enfin travailler dans ma partie, un des nombreux métiers que j’ai pu exercer au cours de ma carrière professionnelle !

En effet, à la sortie du lycée, j’ai été recruté par la Manufacture de Pneumatiques MICHELIN située à Clermont-Ferrand. A cette époque, cette entreprise recrutait à tous les niveaux scolaires, puis assurait elle-même une formation interne dans son « Centre d’Adaptation et de Perfectionnement ». C’est ainsi que j’ai pu perfectionner mes apprentissages techniques du lycée, car parmi les nombreuses spécialisations proposées au sein de cette entreprise, j’ai notamment pu suivre, entre autres, la formation d’électromécanicien qui me permet aujourd’hui d’assurer l’installation électrique dans ma « fourniar »…

Il faut savoir que, dans les années 1970,  la «  maison Michelin » vivait en vase clos. Beaucoup d’employés habitaient dans les cités Michelin dans lesquelles les noms des rues voulaient en dire long (rue du Courage, rue de la Charité, Rue de Bonté, etc…). Les courses, se faisaient à la coopérative Michelin, les graines pour les jardins s’achetaient au « jardin ouvrier » Michelin. Autre exemple (et non des moindres !), mes deux filles sont nées à la clinique Michelin. Tout ceci peut sembler quelque peu idyllique par certains aspects, mais personnellement, cet environnement m’étouffait un peu et je n’ai résisté que dix ans… avant de revenir en Corrèze. Quitte à certainement nuire à ma carrière professionnelle et même si l’Auvergne est une magnifique région, j’ai préféré retrouver ma verte Corrèze natale.

Lors de la construction du four à Chauvignac, personne n’avait travaillé chez Michelin, l’électricité était d’ailleurs un luxe que mes grands-parents n’ont connu que tard et l’éclairage de la « fourniar » devait se résumer à un timide falot. Depuis que j’ai entrepris mon chantier, j’essaie de rester le plus authentique possible dans mes choix, mais pour le coup, il faut aussi savoir vivre avec son temps et profiter des bienfaits du progrès, même si je n’oublie pas les nuisances que ce dernier peut provoquer sur l’homme et son environnement.

            Continuant mon aménagement, j’isole le dessous de toit avec de la laine de mouton. Il est vraiment dommage que son prix soit plus élevé que les laines d’isolation à base de pétrole car la pose est très simple et ne provoque aucune démangeaison, contrairement à ce que l’on rencontre lors de la pose de laine de verre par exemple !PICT1779

 

Il me faut aussi une porte sinon mon calfeutrage n’aura pas beaucoup d’utilité… Pas question de mettre une porte toute faite du commerce, je veux une porte réalisée dans le même esprit que les portes que l’on trouvaient dans les fermes corréziennes, il y a deux siècles ; porte pleine avec un « dormant » et la partie qui s’ouvre constituée elle-même de deux battants. Même si je possède le bois nécessaire, pour faire une porte, il faut des machines et… une certaine expérience ! Je connais bien quelqu’un qui a tout ça, mais il va me falloir le convaincre de fabriquer une telle porte, qui plus est en châtaignier (essence de bois à laquelle je tiens, vu que les murs sont eux aussi en châtaignier de la même origine).

J’invite cette personne à venir voir mon « chantier ». Lors de la visite, je m’aperçois bien vite qu’il s’intéresse de très près à ma construction, tellement bien que c’est lui qui me propose son aide pour la fabrication de ma future porte : « Je veux bien t’aider ; je m’occupe du travail du bois, je te laisse le côté quincaillerie ». Gagné, j’aurai ma porte en châtaignier !

Je lui livre du bois brut de sciage et fais le tour des cabanes du Boico. Je retrouve les pentures des anciens volets de Mado. Sur la porte d’une cabane, je récupère un loquet. Sur la porte d’une grange, je démonte un loquet poucier.

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             En attendant la porte, j’ai pris soin de repeindre ces vieilles ferrailles dont certaines étaient un peu rouillées. Je leur redonne un nouvel aspect et suis donc prêt à équiper et installer ma porte dès qu’elle sera terminée.

La porte sortie des mains de mon génial façonneur, nous mettons ensemble une petite journée pour l’ajuster dans l’ouverture laissée entre deux poteaux de châtaigniers. Ce travail n’est pas facile car les poteaux sont bruts. Mon « fabricant occasionnel de porte » est un peu perplexe lorsqu’il me voit commencer à dégauchir les poteaux à la tronçonneuse. Dès que le gros du travail est fait, c’est lui qui prend le relais avec des outils plus adaptés (ciseau à bois, rabot).

La porte qu’il m’a fabriquée est constituée de deux épaisseurs de planches assemblées par des vis. La tête de ces vis reste visible côté extérieur. Il faudrait cacher ces têtes, mais comment ? La réponse est unanime et finalement évidente : « Et si tu mettais des clous ? »

L’idée me plaît bien. Me voilà donc parti à la recherche de clous dans les quincailleries de Brive. J’arrive enfin à en trouver dans une boutique. Le magasinier me présente sa « ‘fortune » dans un carton tout poussiéreux. A l’intérieur,  il y a 17 clous « pointe de diamant » qui feront très bien l’affaire, mais il m’en faut… 74 ! Comme cette quincaillerie est une enseigne nationale, ce brave magasinier se met devant son écran d’ordinateur et fait le tour du stock de ses collègues. Il aura fallu vider les fonds de tiroirs de cinq autres magasins pour arriver à la quantité de 74 ! Pour le coup, la règle que je me suis fixée de n’utiliser exclusivement que des produits locaux n’est pas trop respectée. En effet, c’est de Rodez, Toulouse, Carcassonne, Montpellier et Saint-Flour que vont venir mes clous ! On rePICT1775ste néanmoins dans le sud-ouest, leur bilan carbone reste donc raisonnable !

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             Mon stock de châtaignier n’étant pas épuisé, j’ose également lui demander de me fabriquer mes fenêtres. Là en revanche, sa réponse est instantanée et il s’ensuit la conversation suivante :

«  – Je ne peux pas, je n’en ai jamais fait !

– Et moi tu crois qu’avant ce four, j’en avais fait beaucoup ?

-… En parlant de four, à ton avis, c’est aussi compliqué qu’on le dit de refaire la voûte et la sole d’un four qui commence à montrer des signes de fatigue à cause d’infiltrations d’eau ?

– Il faut commencer par réparer le toit »

– C’est fait.

– Il est où ce four ?

– Chez moi, c’est celui qu’utilise mon père et qui vient de mes ancêtres.

-On peut le voir ?

-Oui, bien sûr. »

             A partir de cet instant, je me dis que je vais les avoir mes fenêtres ! En effet, depuis quelque temps j’aimerai participer à la construction d’un autre four, ayant plutôt un rôle de modeste conseiller et cherchant à améliorer ma première expérience dans laquelle j’ai pu repérer, après coup, des imperfections facilement améliorables.

Quelques jours plus tard, je me rends donc chez cet ami. Je constate que la voûte de son four menace effectivement de tomber et que la sole est très endommagée. Je lui dis sans trop réfléchir : « Je ne suis pas un professionnel, mais sache que je suis prêt à t’aider pour le reconstruire. » Au moment de repartir, je le salue, monte dans ma voiture, démarre le moteur… et vois mon « menuisier amateur » qui me fait signe en s’approchant de ma voiture. C’est alors qu’il me demande :

«  Pour tes fenêtres, tu as trouvé une solution ? »

La suite est facile à imaginer…

Nous sommes le 17 janvier. Tout à l’heure le soleil va se lever sur le Boico, blanchi par le froid de la nuit… Mais dès cinq heures du matin, la journée s’annonce bien par le biais de la sonnerie du téléphone qui se fait entendre. Je cours vite décrocher car, depuis hier, nous attendons une nouvelle que nous espérons bonne. Et ça valait le coup de courir de si bon matin pour répondre ! En effet ma fille Juliette, à l’autre bout du fil, m’annonce la naissance de son deuxième garçon ! Tout va bien, il se prénomme Léo. Quelle chance j’ai d’être grand-père pour la troisième fois ! Vite, SMS pour toute la famille sans oublier la marraine qui n’est autre… qu’Anaïs ! Ensuite, direction la cave, où je choisis quelques bouteilles pour les mettre au réfrigérateur (on ne sait jamais).

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            Les urgences étant maintenant réglées, je cogite un peu autour de cette naissance.

Il est très fort ce petit Léo que je ne connais encore pas. Il n’a que quelques heures, et il nous montre qu’il a déjà un profond respect pour ses ancêtres. Tout d’abord, il est né le même jour que son arrière-grand-père Louis, et que la mère de celui-ci. Ensuite, son prénom Léo, ressemble fortement à celui de deux de ses arrière-grand-mères, Léontine et Léonie. Delphine dit qu’il est génial ce prénom. Moi je trouve qu’il est même « extra » (clin d’œil à Léo Ferré).

Notre mamie Léonie va avoir un « choc », tout à l’heure lorsque Françoise va lui annoncer cette nouvelle. Son arrière-petit fils né le même jour que Louis (son mari), et ce prénom, « il est tellement proche du sien »…

Le respect des ancêtres voudrait-il dire encore quelque chose dans ma famille ?…

Dès que le jour sera levé, j’irai ajouter le prénom de Léo à la liste des propriétaires sur le panneau signalant le chantier du four, four que je dois terminer au plus vite car lui aussi, il y aura sa place avec sa cousine (et marraine) Anaïs et son grand-frère Samuel.

A l’occasion de cette naissance, je ne peux une nouvelle fois m’empêcher de comparer nos conditions de vie actuelles avec celles existant dans nos campagnes, il y a soixante ans…

Cette nuit, le thermomètre est descendu jusqu’à -5°. Léo a vu le jour dans une maternité de Brive, une clinique où la température doit être au-delà des 20°. Sa venue au monde a été surveillée de très près par du personnel médical compétent. Tout ceci dans un univers aseptisé.

Mon frère, lui, est né à la « maternité » des Palisses, à la veille de Noël 1953. Dans la chambre, il faisait quasiment aussi froid que dehors. Pour soutenir ma mère dans cette épreuve , il y avait mes grand-mères, la voisine et peut-être la sage-femme de Perpezac-le-Noir (si elle n’était pas occupée ailleurs). L’eau nécessaire pour faire un peu de toilette au nouvel arrivant et à sa mère avait été chauffée sur le feu dans le « cantou », dans la « bandelle » servant habituellement à faire la vaisselle car c’était la plus grande. Tout en sachant que cette eau, il fallait l’économiser parce qu’elle venait du fond du puits et qu’elle n’arrivait dans la maison qu’à la seule force des bras. Inutile de préciser que la toilette était donc vite faite, d’autant que l’eau refroidissait très vite à d’aussi basses températures…

Ce jour-là ma sœur et moi, nous avions été « garés » chez des voisins pour ne pas encombrer.

Le soir venu, nous avons réintégré la maison pour attendre le Père Noël qui, cette année-là, en plus de notre petit frère, avait apporté un tableau pour ma sœur (7 ans) et un ballon pour moi (3ans), ainsi que l’inévitable orange et peut-être deux mandarines.

Notre maison était constituée d’une grande cuisine et de deux petites chambres. Nous étions désormais sept sous ce toit et il a fallu  réorganiser les chambres. Ce fut simple : ma sœur dans un lit installé dans la chambre de mes grands-parents, mon petit frère dans un petit lit dans la chambre de mes parents, et moi…. dans le lit AVEC mes parents. Dans ces conditions, vous comprendrez aisément que je n’aie jamais eu d’autre petit frère !

Malgré cette situation, nous étions bien, nous mangions à notre faim et dans cet espace réduit, tout le monde avait sa place, si petite soit-elle.

Heureusement, en à peine soixante ans, les conditions de vie ont bien changé ! Samuel et Léo auront chacun leur chambre, certainement plus de cadeaux que nous, mais seront-ils pour autant plus heureux ?…

Pour revenir à l’eau, c’était quelque chose de vital à l’époque ; ça l’est toujours, mais on a malheureusement appris à la négliger lorsqu’elle s’est mise à couler toute seule (ou presque) au robinet. Imaginez ma mère, quelques jours après son accouchement, descendre vers la serve (« lo cherbo », mare artificielle alimentée par une source à une centaine de mètres de la maison) avec sa brouette chargée du linge de la famille, qu’il fallait finir de laver et rincer dans cette eau glacée, après l’avoir fait bouillir dans une lessiveuse dans le « cantou ».

Pour faire sa lessive, ma mère s’installait à genoux devant une planche fixée à la berge et inclinée dans l’eau. Cette planche était rainurée, pour permettre de frotter le linge.

Il arrivait que mon grand-père vienne la rejoindre avec sa charrette tirée par deux vaches. Dans cette charrette, il y avait les topinambours qu’il avait arrachés la veille, malgré la terre détrempée, voire gelée. Il n’avait pas le choix : ce légume était un très bon aliment pour le bétail, mais ne se conservait pas hors de terre. Il devait donc être arraché en fonction des besoins. Dès qu’ils étaient récoltés, il fallait laver ces tubercules tout biscornus couverts de terre.

Mon grand-père avait aménagé une sorte de caisse dont le fond était à claire-voie et l’avait installé dans la rigole où se déversait l’eau de la serve. Il vidait sa charrette dedans, attendait que ma mère ait fini sa lessive et ouvrait la bonde, et l’eau faisait son travail…

Ma mère, après avoir passé une heure ou deux les genoux sur un coussin de paille gorgé d’eau et le dos courbé sur la planche, toute courbaturée qu’elle était, chargeait sa panière de linge rincé sur sa brouette pour remonter à la maison, et mon grand-père lui disait :

« Vai te sofa à lo maiso, te montorai ta boureto quand aurai sobo. »

« Va te chauffer à la maison, je te monterai ta brouette quand j’aurai fini. »

On peut aisément comprendre que, sur leurs vieux jours, les femmes de cette génération disaient toutes que la plus belle chose que leur avait amenée le progrès, c’était la machine à laver le linge !

La serve avait d’autres fonctions. C’était aussi un de nos terrains de jeux favoris pour mon frère et moi. Dans la rigole du trop-plein, nous installions des « moulins » que nous fabriquions nous-mêmes avec des branches de châtaigniers. Ou bien encore, nous ouvrions la serve. L’eau se déversait sur le pré avant de s’infiltrer dans les galeries des taupes, ce qui les obligeait à quitter leur domicile et à courir sur le pré. Elles étaient alors attendues par deux gamins munis de pelles, qui jouaient à qui pouvait en tuer le plus… Cela valait les jeux de consoles d’aujourd’hui, où les enfants jouent à tuer virtuellement des êtres humains embusqués… A Brive, au lycée, lorsque j’étais en cinquième, ce chasse-taupes s’est avéré essentiel pour moi. J’avais un professeur de sciences naturelles qui donnait une note de 20 à qui lui amenait une taupe. Je pense que, de toute ma scolarité, c’est l’année au cours de laquelle j’ai eu le plus de 20 !

Pour faire cuire son pain, mon grand-père avait lui aussi besoin d’eau. Lorsque le four est assez chaud, il faut sortir les braises et balayer la sole. Ce travail se fait avec le «  reur » et « l’écoubié » qu’il faut refroidir souvent en les trempant dans de l’eau. Mon grand-père, toujours dans un souci d’économie de cette eau, avait installé une vieille chaudière hors d’usage (grand récipient dans lequel on faisait cuire la « baccade » pour les cochons) sous une gouttière. L’été, l’eau avait une couleur suspecte, mais cela n’altérait en rien les qualités gustatives de son pain.

Pour ma part, j’utilise les mêmes ustensiles, que je refroidis selon la même méthode. Mais afin d’éviter la stagnation des faibles eaux d’été, je réalise un récipient « vidangeable » et alimenté par l’eau du robinet pendant les périodes sans pluie.

Autrefois, pour désigner ces récipients dans lesquels on stockait de l’eau ou des aliments, on employait le terme de « bandelle ». Chacune avait son attribution. Il y avait ainsi « la bandelle des poules », « la bandelle des cochons », « la bandelle de la vaisselle » ou bien encore « la bandelle des pieds », cette dernière servant, comme son nom l’indique, à se laver les pieds après une dure journée de labeur aux champs. Ce terme me plaisant bien, je baptise donc ainsi le récipient que je réalise dans mon four pour refroidir mon « reur » et mon « écoubié ». Ce sera désormais « la bandelle du four »…

Par extension, le terme de « bandelard » était aussi utilisé pour désigner quelqu’un d’un peu fou ou ayant des idées un peu étranges… Au début de mon projet de chantier, je pense que certains n’ont pas dû se gêner pour m’affubler de ce qualificatif !

Pour réaliser cette « bandelle », je fixe verticalement un tuyau béton, que j’habille à l’aide d’un petit muret. Ma « bandelle » aura ceci de particulier qu’elle ne sera pas transportable car bétonnée et définitivement fixée à la fourniar ! Je fabrique aussi un couvercle pour sécuriser le tout. Cette « bandelle » pleine d’eau représente en effet un danger pour toute ma petite famille. « Il vaut mieux prévenir que guérir… ».

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Depuis quelque temps, j’ai repéré une maison à Allassac dont les chevrons de rive sont protégés avec des ardoises. N’en étant plus à mon coup d’essai, encore une fois, je décide d’en copier le principe et me remets à la taille…

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            Le toit est maintenant enfin complètement TERMINE !

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            En revanche, l’hiver, lui, n’est pas encore fini, et les intempéries ont commencé leur œuvre sur mes rondins de châtaigniers. Le côté ouest de ma «  fourniar » commence à changer de couleur. Par endroits, le bois devient déjà grisâtre.

Je me lance donc à la recherche du produit idéal pour protéger mes murs de fustes. Je m’adresse à plusieurs drogueries de Brive. Mais les vendeurs ouvrent des grands yeux lorsque je leur demande un produit pour protéger des rondins de châtaigniers bruts. Bien sûr, ils essaient de me vendre un de leurs produits, différent d’une boutique à l’autre. Pas très enthousiasmé par ce qu’ils me proposent, je décide de me tourner vers des valeurs sûres. Je m’adresse donc à deux vieux artisans (de mon âge, donc !). L’un est peintre, l’autre menuisier. Eux, au moins, sont d’accord ; ils me conseillent tous deux un vieux produit qui, selon eux, a fait ses preuves : l’huile de lin, tout simplement. Mais ils me mettent en garde : « Attention, il te faudra peut-être une vingtaine de couches ! Il faut que tu en passes tant que ton bois arrive à le boire ! ».

Vu que je ne compte pas mon temps, j’adopte cette solution et me mets à la tâche…

Toujours dans l’attente de mes fenêtres et avec un mois de février particulièrement froid cette année, le chantier est à nouveau arrêté. Avec de telles températures (-12° la nuit, 0° au moins froid de la journée), il n’est pas envisageable de peindre mes rondins extérieurs. Pour les finitions intérieures, je rencontre le même problème. Et la mise en service du poêle que j’ai eu en cadeau pour mes soixante ans n’y changera rien… sans les fenêtres ! Je ne peux même pas réparer les « paillassous » que j’ai récupérés chez mamie Léonie car les ronces nécessaires pour cela ont gelé !

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Pour résister, un dimanche à midi, nous dégustons des pieds de cochon cuisinés par Mado, qui a essayé d’appliquer la recette que lui a transmise sa mère, notre mamie Léonie. Le succès est de mise ! Tout le monde autour de la table se régale et félicite notre nouvelle spécialiste-héritière de ce plat typique de notre campagne corrézienne. Il va de soi que pour accompagner ce mets en sauce, je fais les « tourtous ». Voilà donc un dimanche de repos pour mon four…

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Après deux semaines de quasi somnolence, le chantier redémarre enfin par la mise en place des fenêtres. Hormis la tenue du délai, mon « génial façonneur » est irréprochable sur ce travail : ajustement entre les rondins et fabrication, tout est « parfait ». C’en est à se demander pourquoi, de nos jours, les menuiseries artisanales en bois issu de nos forêts locales n’ont plus leur place…Mes fenêtres étant du « sur-mesure », je commande maintenant mes carreaux en fonction des dimensions des fenêtres.

Les gelées s’estompent… Je peux donc désormais poursuivre l’application de l’huile de lin sur les rondins.

Ce travail ne me demandant pas une réflexion exceptionnelle, je peux laisser aller mes pensées… A travers la fenêtre sans vitre, mon regard se porte sur le poêle que je reconnais volontiers avoir choisi en fonction de mes souvenirs d’écolier…

A l’école communale de Perpezac-le-Noir, où j’ai démarré mes « brillantes » études à l’âge de trois ans et trois jours, les classes étaient chauffées à l’aide d’un grand poêle rond, dont le mien est une copie miniaturisée. Parmi ces poêles que nous retrouvions quotidiennement, celui qui me reste le plus en mémoire est celui qui nous réchauffait lorsque que j’étais au cours moyen.

La place que nous occupions dans notre salle de classe était attribuée par notre institutrice et ce, en fonction des notes du mois : les meilleurs devant et les moins bons au fond. Mais d’un mois à l’autre, la disposition ne changeait pas beaucoup ! Monique et Michèle étaient vissées au premier rang. Quant à moi, je me situais tranquillement vers le milieu de la classe…

Les seules places qui étaient attitrées d’office à l’année étaient celles se situant autour du poêle. Non pas que certains parmi nous étaient plus frileux que d’autres… Non, tout simplement, ces places étaient réservées aux élèves qui venaient de loin. Ainsi, Charles, Guy et Robert s’asseyaient près de ce poêle après avoir parcouru cinq kilomètres à pied ou à vélo sur des chemins boueux ou des routes non goudronnées. Bien des matins d’hiver, ils appréciaient de trouver en arrivant la chaleur du poêle qui séchait lentement leurs vêtements détrempés par la pluie durant le trajet… La légende non usurpée des cancres rêveurs assis au fond de la classe à côté du poêle ne les concernait donc pas !

Pourtant, selon toute vraisemblance bien légitime, lorsque, de bon matin, ils rejoignaient leur place transis de froid, ils devaient être plus réceptifs à la bonne chaleur du poêle qu’à ce que s’évertuait à nous expliquer notre brave institutrice ! Et la chaleur retrouvée aidant à somnoler et à rêver, je suis prêt à parier qu’ils devaient rapidement s’évader de la salle par la pensée et retrouver les premiers moments de leur journée…

Avant de partir de chez lui, Charles avait fait un tour dans l’atelier de menuiserie de son père. Il en avait profité pour avancer son petit travail personnel qu’il réalisait dans un coin de l’atelier paternel. En chemin, il avait traversé le Brezou sur la barre de Lornac (un tronc d’arbre en travers de la rivière), et comme ce jour-là, il avait vu une truite « grande comme ça… », il réfléchissait déjà au moyen qu’il allait employer pour l’attraper le soir sur le chemin du retour…

Guy, lorsqu’il était arrivé avec ses copains au carrefour de la route de Vigeois, avait vu un vol de palombes qui s’était envolé au-dessus de la forêt de la Buginie. Il se prenait maintenant à rêver : « Quand je serai grand, j’irai les chasser… ».

Quant à Robert, avant de partir de la ferme familiale, il avait aidé son père à faire téter un veau né dans la nuit mais malheureusement déjà malade. La phrase qu’avait dite son père en quittant l’étable ne le quittait pas : « Quete cher, quad toura, chiro crebo », « Ce soir, quand tu reviendras, il sera mort ».

Aujourd’hui, ces trois-là sont à la retraite, et leurs « absences » pendant la classe ne les ont pas empêchés de réussir leur carrière professionnelle…

Quant à mes « absences » à moi, elles me transportaient vers les jeudis que je passais à Chauvignac, mais dans un moindre confort… car j’étais loin du poêle (c’est peut-être pour cela que, cinquante ans plus tard, j’ai profité de la générosité de ma famille et de mes amis pour avoir un poêle rien qu’à moi !)…

Ces jeudis-là pourtant, étaient de moins en moins nombreux. Ma grand-mère, qui se trouvait également être ma marraine, ne venait plus me chercher le mercredi soir aux Palisses. Mes parents me disaient qu’elle était fatiguée pour faire l’aller-retour à pied et qu’eux n’avaient pas le temps de m’y amener. Je n’allais donc plus à Chauvignac qu’avec mes parents et n’avais plus l’autorisation d’y rester sans eux. Pourtant, il n’y avait pas si longtemps, lorsque je quittais mes grands-parents le jeudi soir, mon grand-père me demandait toujours quand j’allais revenir, mais depuis quelque temps, plus rien. Je voyais bien également que ma grand-mère avait changé. Elle, qui était d’ordinaire très souriante, était désormais toujours triste. Elle, qui auparavant était toujours à mes petits soins, semblait maintenant complètement indifférente à ma présence.

Je n’ai compris qu’elle était gravement malade que lorsque ma mère est restée à Chauvignac pour s’occuper d’elle. Ceci très peu de temps avant sa mort, car ma marraine s’est battue presque jusqu’au bout toute seule contre ce « crabe » qui aura été encore une fois le plus fort.

J’en avais voulu à mes grands-parents avant de comprendre pourquoi ils ne me voulaient plus avec eux. Avec le recul, je pense que cela aurait été certainement plus simple de m’expliquer clairement les choses. Mais à l’époque, dans les familles où trois générations vivaient sous le même toit, les enfants avaient surtout le droit… de se taire. Ils prenaient les seules explications qu’on voulait bien leur donner, mais n’avaient certainement pas le droit de poser de questions. Notamment aux moments des repas au cours desquels, en général, la moindre prise de parole d’un enfant était sanctionnée par la réplique qui fait rire aujourd’hui mes filles et mes petits enfants : « Minje é baro-lo ! », « Mange et ferme-la ! ».

Avec le décès de ma grand-mère, je connaissais pour la première fois la disparition d’un être cher. Bien sûr, j’avais déjà entendu les adultes parler de la mort et de ses victimes.            Ces morts que l’on veillait pendants deux jours et deux nuits entre leur dernier souffle et le moment de leur enterrement qui avait souvent lieu le matin… Il s’en suivait alors un repas au domicile du défunt, réunissant les voisins, les amis et la famille qui, s’étant déplacés à pied pour assister aux obsèques, devaient se restaurer avant le chemin du retour. Et puis, dans nos campagnes, il était coutume de nourrir les gens qui aidaient et ce, quelles que soient les circonstances : pour les moissons, pour la batteuse, mais aussi donc lorsque la mort survenait. Ils étaient là pour le soutien moral mais aidaient également à tout ce qu’il fallait gérer dans l’urgence de pareilles circonstances.

Il fallait notamment prévenir la famille. Aujourd’hui, rien de plus facile (un coup de fil, un SMS, un mail et l’information est vite transmise). Mais à cette époque, pourtant pas si lointaine, pas de téléphone, pas de journaux… C’était à vélo, ou au mieux parfois en voiture, que se faisait le porte-à-porte pour annoncer la mauvaise nouvelle.

Il y avait aussi les « porteurs » qui assuraient le transport du cercueil et que l’on choisissait parmi la famille ou le voisinage.

Sans oublier les voisins qui s’étaient occupé des animaux de la ferme pendant ces deux jours.

Ce repas avait donc toute sa place et toute sa raison d’être.

Aujourd’hui, les choses ont bien changé… Le plus souvent, dès que la mort est constatée, on évacue le corps du défunt de sa maison, on le parque dans un hangar pompeusement appelé funérarium. Quand arrive le jour des obsèques, on revient le chercher. On le met en terre. Et bien souvent, tout le monde repart aussi vite qu’il est venu…

Ma grand-mère est morte le premier septembre de l’année de mes onze ans. Ce décès annonça une autre disparition car il sonna le glas de mes jeudis à Chauvignac : ceux-ci n’auraient plus lieu. Le four à pain lui-même ne fonctionnera jamais plus là-bas…

Deux semaines plus tard, tout a définitivement basculé pour moi : je suis entré interne au lycée Cabanis à Brive. Et je n’avais certainement pas été demandeur d’un tel sevrage ! Mais au printemps précédent, mon institutrice avait fait le déplacement jusqu’à mon domicile des Palisses pour convaincre mes parents que j’avais ma place en sixième. Ma sœur avait en effet suivi cette voie quatre ans plutôt, et venait d’être brillamment reçue à son brevet, alors… Mes parents avaient bien un peu hésité au début mais ils se sont laissés convaincre, tout en sachant pertinemment que cela représenterait une importante charge financière supplémentaire… Jamais je ne me suis habitué à cette nouvelle vie et je suis pourtant resté interne neuf longues années. C’est en effet le temps qu’il m’a fallu pour décrocher ce fameux « bac », alors que cela aurait normalement dû être fait en seulement sept ans !

Le dortoir à quatre-vingts lits, le réfectoire à quatre cents places ne me faisaient non seulement pas oublier mon lit dans la chambre de mes grands-parents à Chauvignac mais ils me le faisaient regretter, et avec lui les « pompichoux » odorants à la sortie du four… Ces « pompichoux » qui étaient de succulents petits pains fourrés à la pomme, cuits dans le four, recouverts d’une feuille de choux. Ma madeleine de Proust à moi…

Seul point positif peut-être de cette expérience briviste : à onze ans, je prenais une douche et me lavais les dents pour la première fois !

Bien que m’étant pas mal égaré dans mes souvenirs d’enfance, l’application de l’huile de lin sur les rondins a bien avancé et je décide de l’arrêter momentanément.

Je reprends en effet mes outils de menuisier pour fabriquer les bancs que j’avais prévus dans le descriptif adressé à la mairie lors de ma demande de permis de construire.

Petit rappel : les murs de soubassement de ma « fourniar » sont bâtis en pierres (hauteur 50 cm, largeur 50 cm) ; dessus reposent les rondins de bois (largeur de 20 à 30 cm)… Je dispose donc, sur trois côtés, d’un espace restant assez conséquent formant déjà à lui seul un banc « naturel ».

Toujours empreint de mes souvenirs d’enfant et pour que mon projet ressemble au mieux aux bancs situés de chaque côté de la table dans la cuisine de nos anciennes fermes corréziennes, je décide d’habiller le dessus de mes murets avec une assise en… châtaignier bien sûr !

L’origine de ce bois n’est cette fois pas allassacoise mais n’en demeure pas moins familiale (encore !). Le taillis dans lequel j’ai prélevé ce bois appartient en effet à ma belle-mère (notre mamie Léonie) et se situe au village de Mournetas sur la commune de… Perpezac-le-Noir ! A nouveau cette commune ! Pourquoi ? Parce que c’est celle qui a vu naître notre mamie !

Il y a vingt-cinq ans de cela, une ligne électrique a été installée au travers de ce taillis par les équipes d’EDF qui ont coupé à grands coups de tronçonneuse tout ce qui gênait. Jacques (mon défunt beau-frère) et moi avions alors récupéré le bois de chauffage, et avions fait débiter tout ce qui, à nos yeux, pourrait peut-être nous être utile un jour, en prenant bien soin de le stocker dans un endroit favorable au séchage.

Les années ont passé… Jacques a malheureusement disparu. Le châtaignier débité, lui, est toujours là. Je décide donc d’utiliser ce bois d’exception pour réaliser mes bancs. Je ne perds pas non plus de vue que cette opportunité est due à des personnes qui ont su ne pas vendre une parcelle si petite soit-elle, en souvenir du patrimoine laissé par leurs ancêtres…

Après rabotage, assemblage et ponçage des différents éléments, je réalise l’ajustement de chaque banc par rapport aux rondins, à l’aide de mon trusquin, qui m’avait servi jadis à ajuster les rondins entre eux. Ce trusquin me permet de reporter le profil des rondins sur l’arrière de l’assise. Il me suffit ensuite de découper en suivant le trait. Les différents éléments composant mes bancs sont rendus solidaires entre eux à l’aide de chevilles en bois, puis fixés sur le mur.

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            Cette nouvelle opération maintenant terminée, il me reste à trouver un revêtement pour le sol.

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            Je définis clairement mon cahier des charges. Il me faut quelque chose qui résiste au passage de la brouette lors de l’enlèvement des braises du four en fin de chauffe. Ce revêtement doit également résister à la chute accidentelle de quelques braises. Il doit enfin être d’une épaisseur maximale de 5 mm, car je n’ai pas envie de raboter le bas de ma porte !

Ces critères essentiels étant répertoriés, il ne me reste plus qu’à partir à la recherche du procédé qui va correspondre le mieux à mes exigences…

Tout en réfléchissant à mon « revêtement de sol », je pose les carreaux de mes fenêtres que j’ai enfin reçus. L’attente a été longue, entre autres par ma faute car lors de la réception de la commande initiale, j’ai cassé un carreau avant même la pose ! J’ai donc dû en commander un autre… Cet incident m’a confirmé ce que je savais déjà : je suis plus à l’aise pour construire un mur en pierre que pour faire certains travaux beaucoup plus minutieux !

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!    Après mûre réflexion, je décide de me tourner vers le plus simple pour la finition du sol. Les recherches que j’ai menées chez les marchands de matériaux locaux m’ont conduit à laisser le ciment tel qu’il est, brut, en l’enduisant seulement d’une sorte de stabilisant/durcisseur de surface, transparent après application. Il existe aujourd’hui des produits très efficaces pour cette fonction. Je regrette certes que ces produits soient très certainement des dérivés du pétrole, mais je n’ai pas tellement le choix ! Avant l’application du produit que j’ai choisi, je prévois de raboter le sol pour mettre en évidence les graviers rentrant dans la composition du béton.

Pour raboter ce sol, il me faut du matériel dont je ne dispose pas. Encore une fois, je m’adresse donc à un membre de mon entourage, René, un ami artisan à la retraite qui a conservé beaucoup de matériel.

Un dimanche matin, à l’occasion d’une fournée de pain, je demande donc à René de venir pour que je puisse lui exposer mon problème. Comme je le pensais, il a à la fois le matériel ET la disponibilité pour raboter mon sol.

A la date dont nous avons convenu, René arrive à l’heure prévue et, après l’incontournable casse-croûte, nous nous mettons au travail. A midi l’« usinage » est terminé. L’après-midi est consacré à l’application du stabilisant/durcisseur.

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Mon four, ou plus exactement « notre four » maintenant terminé, je ne peux m’empêcher de me remémorer toutes les aides que j’ai sollicitées et sans lesquelles ce projet n’aurait pas vu le jour et/ou son terme…

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Une fois que la décision a été prise et vu que je n’avais quasiment aucune connaissance dans les différentes techniques des métiers du bâtiment, il a fallu que je trouve de l’aide et des conseils dans mon entourage. Ceux-ci furent nombreux et je les en remercie encore une fois…

Thierry m’a aidé à démolir le four à Chauvignac. Bébert m’a donné de précieux conseils au cours de la démolition.

Les pierres arrivées au Boico, Fred et Thierry ont été souvent sollicités pour des opérations demandant de la main-d’oeuvre, surtout le dimanche matin, avant le traditionnel repas dominical.

Maurice a lui aussi toujours répondu présent pour les grosses manutentions (mise en place de la margelle ou bien encore préparation et mise en place des rondins de châtaignier).

Sylvain a joué un rôle important de grutier pour la mise en place de la charpente.

Robert, lui, était « l’intérimaire » du chantier : un simple coup de téléphone et un quart d’heure plus tard, il arrivait pour un coup de main parfois long de seulement cinq minutes.

Francis est intervenu en tant que conseiller en pose d’ardoises et de gouttières.

Aubin m’a apporté ses compétences pour la menuiserie et René pour l’aménagement intérieur.

D’autres, plus anonymes, m’ont également été précieux pour mener à bien cette réalisation : il s’agit de tous les marchands et/ou vendeurs de matériaux chez lesquels je me suis rendu et qui ont su me prodiguer leurs conseils, même si parfois je ne leur achetais pas grand-chose au final…

L’aide de toutes ces personnes citées plus haut a été physique ou matérielle. Mais pas seulement. Chacune, dans sa « spécialité », a émis de précieuses idées pour m’aider à résoudre tel ou tel problème. Dans ce rôle, plus cérébral mais tout aussi important, je n’oublie pas les idées lumineuses de Franck et les précieux conseils d’architecture de Danièle.

Pour nourrir toute cette équipe, il a fallu les talents toujours appréciés de Mado, Mamie Léonie et Françoise.

Et si cette équipe est toujours restée motivée, c’est aussi un peu grâce à nos « fans supporters », parfois encore plus enthousiastes que nous. Il s’agit d’Anaïs, Delphine, Juliette, Julien, Sandrine, Nathalie et Arnaud, Renée et Georges, Marcel, Fanchon, Betty…

Je n’oublie pas, parmi eux, Michel un de mes copains d’enfance qui, vivant aujourd’hui à Montpellier, a tellement fait connaître ce « blog » autour de lui, que le modeste « four à pain vagabond du Boico » semble presque aussi connu dans l’Hérault que Louis Nicollin, l’emblématique président de l’équipe de football montpelliéraine.

Dès le départ de cette entreprise un peu folle, mon projet a été double : la construction du four bien entendu, mais également la tenue de ce journal de bord que les jeunes nomment « blog ».

Pour cela, il a fallu toute la patience de Franck pour me guider dans des méandres informatiques que je maîtrise assez mal.

Mais j’ai surtout eu besoin de Delphine qui a passé de nombreuses soirées à réécrire dans un français correct tous les textes, un peu brouillons parfois, que je lui faisais parvenir, textes que j’écrivais dans mon langage particulier composé de patois corrézien, d’argot et parfois, d’un peu de français plus académique ! Anaïs a été même mise à contribution tellement la tâche était rude !

Pendant les quatre années dont j’ai eu besoin pour démolir, réfléchir et reconstruire ce four afin de faire revivre un petit bout du patrimoine laissé par mes grands-parents, j’ai été encouragé dans mon aventure par l’arrivée de deux nouveaux petits-enfants. En effet, Juliette en me donnant mes deux petits-fils que sont Samuel et Léo, m’a obligé à aller au bout de mon projet.

Je me trouve maintenant dans la même situation que mon grand-père : comme lui, j’ai une petite-fille et deux petits-fils. A moi d’être aussi malin que lui, lui qui a su, sans que je m’en rende compte à l’époque, me faire comprendre l’importance de nos racines familiales…

Durant cette période, d’autres naissances sont venues rajeunir la famille par le truchement de mes deux filleuls, Nathalie et Franck, qui m’ont permis de devenir grand-tonton de deux petites-nièces, Chloé et Alicia.

Depuis 2008, ma famille proche s’est donc enrichie de quatre petits êtres. Ces naissances ont non seulement accru ma motivation à mener à bien mon projet, mais elles m’ont aussi permis de retrouver des raisons d’être, après l’hécatombe qu’avait connue notre famille en ce début de XXIème siècle…

Lorsque j’ai reçu le dossier de mon permis de construire, il y avait à l’intérieur une « déclaration attestant l’achèvement et la conformité des travaux ». Avant d’expédier ce document aux autorités compétentes, je dois m’assurer que mon four, maintenant terminé, correspond à MON cahier des charges. Celui de l’administration n’a que peu d’importance à mes yeux. Si, pour les élus locaux, mon four n’est pas conforme au dossier, ils n’auront qu’à m’en informer par pli recommandé, ils savent faire…

 

Je vais donc définir mon cahier des charges (je sais, cela doit se faire avant le début de tout chantier). Je convoquerai alors les bâtisseurs, et ensemble, nous ferons une réunion de fin de chantier.

 

Date : 1er mai

Heure : 8 heures 30

Lieu : autour de la table, dans la fourniar.

 

Cahier des charges du four :

Les dimensions sont-elles les mêmes que celles du four de Chauvignac ?

Les matériaux utilisés sont-ils identiques à ceux de Chauvignac?

Tous les matériaux récupérés à Chauvignac ont-ils été utilisés ?

Les matériaux supplémentaires sont-ils à plus de 95% des matériaux locaux ?

 

Qualité des mets cuits dans ce four :

Pain :

Viande :

Légumes :

Gâteaux :

 

Bilan du projet :

Le four de Chauvignac assurait une fonction essentielle dans la gestion de la nourriture quotidienne : il apportait le pain sur la table, tous les jours. Quel est le rôle principal du nouveau four du Boico ?

 

Le 1er mai, à l’heure dite, les bâtisseurs sont là.DSCI1011

La réunion de fin de chantier commence par la traditionnelle «  frotte à l’ail », puis s’ensuit le casse-croûte habituel. Seule nouveauté : cette année, le pain est cuit dans le four du Boico. Petit détail qui change tout !

 

Vers midi, après avoir terminé notre « réunion » par les gâteaux et le café, je pose aux bâtisseurs les questions de mon cahier des charges. La réponse est unanime : « On a bien cassé la croûte, tout était bon ! Pour le reste on te fait confiance ».

Quant au rôle principal du four : « Qu’il continue à nous trouver des occasions de passer de bons moments ensemble comme ce matin. »

 

Avec une telle évaluation, je suis comblé. Je considère donc que mon cahier des charges est respecté et que j’ai atteint le but de convivialité que je m’étais fixé…

Au cours de toutes ces différentes tâches de démolition et de reconstruction du four de mon grand-père, j’ai repris contact de près avec une partie du patrimoine que nous avaient laissé mes ancêtres ; je l’ai touché de mes mains, je l’ai repensé, je me le suis approprié, je m’y suis fortement attaché. Ceci a eu pour effet de me réveiller et de me faire prendre pleinement conscience de l’erreur que j’ai commise, il y a trente ans de cela, en laissant filer ce patrimoine matériel. J’aurais alors dû me souvenir que j’avais appris à l’école cette fable deLa Fontaine, « Le laboureur et ses enfants » dans laquelle il est écrit :

« Gardez-vous de vendre l’héritage que nous ont laissé nos parents,

Un trésor est caché dedans ».

            Certes, pas plus que les enfants de ce célèbre laboureur, je n’ai trouvé dans ce four de coffre rempli de pièces d’or. Mais en remuant ces pierres et ces briques, j’ai revécu de nombreux temps forts de mon enfance. Et ça, pour moi, c’est un VERITABLE trésor. Je m’en veux aujourd’hui d’avoir pu manquer de respect à ce patrimoine familial en le laissant m’échapper. Je ne peux désormais que l’admirer de loin, plus ou moins recouvert par des maisons d’habitation, voire bientôt par des usines… A défaut de patrimoine matériel, il me reste néanmoins pléthore de souvenirs. Instantanément, chacun d’entre eux me revient à moi quand mes yeux se posent sur telle ou telle parcelle de terrain….

Le « pré de Chauviat », où j’allais garder les vaches avec ma grand-mère….

La « terre de l’Allée », où nous plantions les pommes de terre les lundis de Pâques avant d’aller à la fête des omelettes au Bariolet…

Le « Bois », où je jouais à l’apprenti bouvier sous les conseils que mon grand-père me prodiguait tout en labourant son champ…

Et bien d’autres encore…

S’il est une leçon à tirer de cette aventure, c’est qu’on ne peut pas, ne doit pas oublier nos racines. Mon four ressuscité, outre sa fonction première de cuire du pain et de fédérer la famille et les amis, doit servir à générer (et je le souhaite de tout cœur) de nombreux souvenirs pour mes descendants, pour quelques générations encore…

Quant à moi, approchant du crépuscule de ma vie, j’ai décidé qu’à ma mort, ma place sera au cimetière de Saint-Pardoux-l’Ortigier, près de mes ancêtres. C’est en effet en ce lieu que reposent mes parents, mes quatre grands-parents ainsi que tous mes arrières grands-parents. Cette idée d’ultime demeure m’est venue peu à peu, au fil de la reconstruction de ce four… Mais ne nous méprenons pas : que tout le monde sache bien que je ne suis pas pressé !!! Je pense avoir encore beaucoup de choses à apprendre à mes trois petits-enfants et de bons moments à passer avec ma famille et mes amis dans la « fourniar » par exemple.

 

Le four étant fini, je vais maintenant pouvoir débuter la restauration du puits qui se trouve tout à côté. Mais ça, c’est une autre histoire…

 

FIN

44 commentaires

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  16. Publié le 14 juillet 2021 à 0 h 03 min | Permalien

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